Insécurité: quelles solutions pour empêcher la violence de progresser? (2/2)
août 8, 2010
Laurent Pinsolle
Comment lutter efficacement contre l’insécurité? Après avoir établi le constat suivant : le chômage de masse et la montée de l’individualisme sont indissociables de la montée de violences à laquelle on assiste aujourd’hui, Laurent Pinsolle propose des solutions pour endiguer ce phénomène.
Je ne vais pas prétendre ici trouver des solutions magiques pour régler les problèmes d’insécurité. Ce n’est pas un sujet sur lequel je me suis encore suffisamment documenté sur le sujet (NDA et Malakine ayant néanmoins fourni des propositions intéressantes). Néanmoins, voici quelques pistes de réflexion.
Une méthode
La méthode a énormément d’importance et celle choisie par Nicolas Sarkozy est un échec majeur. Entre bouillie verbale martialo-virile surfant sur l’actualité et n’hésitant pas à stigmatiser des bouc-émissaires trop faciles et déluge législatif, le tout sans le moindre recul, l’échec du gouvernement est patent. Des assises de l’insécurité seraient sans doute bienvenues pour faire un état des lieux avec des professionnels (psychologues, policiers, juges, victimes, délinquants…) et évaluer les raisons de cette violence afin de dégager des solutions de long terme plutôt que des réactions ponctuelles à l’actualité.
De la prévention
La première chose à faire pour réduire durablement l’insécurité et sans doute de venir à bout du chômage de masse, véritable cancer de la société depuis trente ans. Quand 40% des jeunes de banlieue sont au chômage, ce n’est pas parce qu’ils ne veulent pas travailler (même s’il y a bien sûr sans doute une petite minorité dans ce cas) mais parce que notre économie ne produit pas suffisamment d’emplois. La lutte contre le chômage doit être la priorité N°1 de tout gouvernement et c’est pour cela que j’ai particulièrement apprécié notre convention nationale sur l’emploi d’avril dernier.
Dans une société où l’hyper individualisme a tendance à être glorifié, il est sans doute essentiel de davantage valoriser les engagements désintéressés ou citoyens pour équilibrer les valeurs de notre société. Cela peut passer par un Service civique, comme le propose Malakine. Cela peut également passer par le développement de l’instruction civique au collège (une fois les savoirs fondamentaux acquis). L’école est le lieu où la société éduque les futurs citoyens. Il est essentiel qu’un certain nombre de valeurs puissent passer. Pourquoi ne pas valoriser les engagements associatifs par exemple ?
La prévention doit également avoir lieu dans les prisons. J’ai trouvé les propositions de Malakine sur la Communauté de Rééducation par le Travail très intéressantes. En effet, comment ne pas imaginer que la prison actuelle a des effets plutôt déstructurant. Pour réduire la récidive, les prisons doivent être des lieux plus humains (il faut donc construire plus de places) et moins déconnectés de la vie réelle. C’est pourquoi faire travailler les prisonniers est une piste intéressante, par delà les économies que cela peut procurer à la collectivité.
De la répression
L’école est un enjeu majeur, étant le premier contact que les futurs citoyens ont avec la société. Le sentiment d’impunité face aux incivilités constitue un terreau favorable à des actes plus graves. Il faut être plus sévère, avec pour recours ultime des établissements spécialisés, possiblement encadrés par des militaires, pour recadrer les éléments les plus perturbateurs (avec naturellement une gradation des sanctions). Ces établissements seraient des internats avec une discipline stricte mais aussi des activités permettant de développer un sens de la communauté positif.
Au niveau plus individuel, je crois au concept de « zéro tolérance ». Cela va sembler inutilement sécuritaire, mais les expériences anglo-saxonnes ont montré qu’une plus grande sévérité à l’égard des actes de délinquance mineurs est un bon moyen de freiner l’escalade vers des actes plus graves. Mais les sanctions doivent être adaptées et les actes mineurs peuvent très bien être sanctionnés par des Travaux d’Intérêt Général, qui peuvent avoir une véritable vertu pédagogique. La tolérance zéro, ce n’est pas forcément remplir les prisons, comme ce qui se fait aux Etats-Unis.
Concernant l’arsenal législatif, soit il faut réduire les peines prescrites pour qu’elles correspondent à la réalité des peines exécutées ou alors les faire appliquer. Mais le climat actuel où les petites peines ne sont pas appliquées contribue au climat d’impunité. Les réductions de peine doivent être justifiées ! En outre, il serait intéressant de prendre en compte la dangerosité des prévenus pour la société (j’ai toujours été favorable à une véritable perpétuité pour certains récidivistes ). Enfin, se pose la question des moyens : est-il sain de réduire fortement les effectifs de police alors que l’insécurité grandit ?
Voici donc quelques idées qui sont sujettes à débat. Je suis preneur de tout commentaire et de toute source d’information pour enrichir le débat car je ne suis pas un spécialiste de ces questions et je serais heureux de pouvoir pousser ma réflexion sur un sujet aussi important.
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